😱Non à la psychologisation du travail😱
- shaastrain

- il y a 23 heures
- 2 min de lecture
La psychologisation du travail suit une pente simple : déplacer vers l'intérieur ce qui se passe à l'extérieur.
C'est le processus par lequel les difficultés rencontrées au travail (épuisement, stress, mal-être) sont interprétées sous l'angle unique de la psychologie personnelle (manque de résilience, problèmes émotionnels et maintenant les traumas) plutôt qu'en examinant les causes objectives (charge de travail excessive, management toxique, manque de moyens, etc.).
Quand les conditions de travail se dégradent, quand l'organisation devient absurde, quand les exigences s'accumulent sans sens ni limite — la réponse institutionnelle consiste à proposer de la résilience, de la pleine conscience, du coaching, de la gestion du stress. Le problème devient personnel. La souffrance devient un symptôme à traiter. Le travailleur devient un patient.
C'est un tour de passe-passe remarquable : ce qui relevait du politique, du collectif, de l'organisation du travail, se transforme en défaillance individuelle à corriger. L'entreprise offre des séances de sophrologie, organise des teambuildings et mandate des cellules psychologiques (parfois sous la forme de plate-formes). L'entreprise donne aux travailleurs les outils pour se soigner pour qu'ils tiennent dans des conditions qui mériteraient d'être questionnées.
La sociologie clinique — de Gaulejac notamment — a nommé ce phénomène avec précision : la gestion par les émotions comme instrument de management. On demande aux travailleurs de produire, d'adhérer, de s'épanouir, de donner du sens à ce qu'ils font. L'intériorité devient une ressource à mobiliser, un capital à optimiser.
Ce glissement rend invisibles les causes structurelles de la souffrance. Il isole les individus dans leur vécu. Il transforme la résistance en pathologie — ce qui devient le chou gras des thérapeutes en tout genre, qui se retrouvent face à des individus accrochés à leur souffrance comme à une identité pour arriver à un je souffre donc je suis. Il va de soi que la souffrance est réelle pour celles et ceux qui la traversent. Ce que je cherche à mettre en lumière, c'est l'impossibilité de s'en décoller.
Une autre approche est possible. Elle refuse la psychologisation du travail et s'inscrit dans une perspective philosophique et sociologique — celle de la sociologie clinique. Le travail y est un lieu d'élaboration de soi comme tout autre environnement : familial, social, culturel. Un lieu où se joue quelque chose de l'existence humaine, avec ses contradictions, ses impasses, ses ressources.
La question centrale devient : dans quelles conditions un être humain peut-il se constituer comme sujet dans son travail ? Quelle marge de pensée, de délibération, de sens lui reste-t-il ?
PS : Evitons de confondre psychologisation du travail et psychologie du travail. Cette dernière est une discipline scientifique et une ressource précieuse. Le psychologue du travail a pour rôle d'analyser l'organisation, d'améliorer les conditions de travail et de prévenir les risques psychosociaux (comme le burnout) en proposant des solutions adaptées.
Photo de Merakist



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