🤔Mouvement Skhôlé et mythologie grecque🤔
Dernière mise à jour : 8 sept.
Pourquoi m’appuyer sur la mythologie grecque et les grands récits ?
Du plus loin que je me souvienne…
J’ai toujours été attirée par les vieilles pierres, les civilisations anciennes et, tout particulièrement, par la civilisation et la mythologie grecques.
La mythologie grecque s’est invitée à plusieurs reprises dans ma vie. Enfant, d’abord, avec une collection Larousse consacrée à l’archéologie. Quelques années plus tard, à travers un travail scolaire intitulé Mythology: myth or reality — oui, oui, en anglais ! Puis, beaucoup plus tard, au cours d’un long processus de formation, par la lecture, la réflexion et la participation aux formations en AMC(c) organisées par l'Institut CG Jung-Athanor.
Avec le temps, les mythes ont cessé d’être pour moi des récits anciens à connaître. Ils sont devenus une matière vivante, une manière particulière d’entrer en relation avec l’existence.
Ce que les mythes ont ouvert pour moi
Enfant déjà , les mythes me transportaient bien au-delà de mon existence ordinaire, des contingences du quotidien et de mon élan mélancolique.
Ils me faisaient entrer dans un monde peuplé d’êtres extraordinaires, immortels, majestueux, excessifs. Dans cet univers, tout semblait possible. Je faisais l’expérience d’une liberté immense, comme si les limites ordinaires de l’existence humaine s’élargissaient.
Les dieux, les déesses et les héros m’offraient aussi un espace immense pour l’imagination, l’interprétation et l’action humaine.
Cette expérience demeure aujourd’hui au cœur de mon rapport aux mythes.
Le mythe ouvre un espace
Dans la Grèce ancienne, le mythe ne constitue pas un système destiné à établir une vérité définitive sur le monde. Il propose des récits, des figures, des images, des situations. Il fait apparaître des mondes et invite chacun à y entrer.
Il crée une distance. Il permet de regarder autrement.
Il porte de l’humour, de l’excès, de la beauté, de la violence, de la ruse, du désir, de la jalousie, de la fidélité, de la transgression. Il fait vivre ensemble des dimensions qui demeurent parfois difficiles à tenir dans une même représentation.
Le mythe produit des images. Et l’image possède une qualité particulière : elle demeure ouverte. Une notion explique et organise ; une image met l’imagination au travail. Elle appelle des associations, des résonances, des interprétations. Elle continue à travailler en nous.
C’est une des raisons pour lesquelles la pensée de James Hillman m’est particulièrement précieuse. Dans Re-Visioning Psychology (Harper & Row, 1975), il invite à considérer l’image dans sa réalité propre, à lui laisser sa profondeur et sa pluralité, plutôt qu’à la réduire immédiatement à un concept ou à un contenu psychologique.
Des ĂŞtres singuliers
Le mythe donne aussi une place essentielle à la singularité.
Les dieux, les déesses et les héros ont un nom qu'il leur est propre. Ils apparaissent dans des lieux, des circonstances, des histoires précises. Ils vivent dans l’excès, traversent des situations extrêmes, connaissent l’amour, la rivalité, la puissance, la perte, la ruse, la colère, le désir.
Ils sont irremplaçables.
Le mythe fait apparaître des êtres singuliers. C’est précisément cette singularité qui nous touche.
Athéna n’est pas « la sagesse » en général. Elle est Athéna.
Antigone n’est pas « la résistance » en général. Elle est Antigone.
Zeus n'est pas « la toute-puissance » en général. Il est Zeus.
Chaque figure dessine ainsi une manière singulière d’habiter le monde et d’aller jusqu’aux limites de ce que l’existence humaine peut éprouver.
Une mémoire culturelle vivante
Les mythes appartiennent également à une mémoire culturelle immense.
La mythologie grecque traverse plus de deux mille cinq cents ans de littérature, de philosophie, de sculpture, de théâtre et de poésie. Les mêmes figures réapparaissent, se transforment, sont reprises, déplacées, réinterprétées.
Rencontrer une figure mythologique, c’est donc mettre une expérience singulière en relation avec une histoire culturelle beaucoup plus vaste.
C'est ainsi que le mythe relie.
Une expérience qui prend le temps
Le mythe entretient aussi une relation particulière avec le temps.
Il demande d’entrer dans un récit, de l’écouter, de regarder ses images, de laisser venir les associations, de demeurer quelque temps auprès d’une figure.
Cette temporalité rejoint profondément ce que j’entends par Skhôlè : un temps dégagé de l’utilité immédiate, consacré à la pensée, à l’attention, à l’imagination et à l’élaboration.
Aristote lui-même inscrit le loisir studieux dans une perspective civique. Dans les livres VII et VIII de la Politique (traduction Jean Aubonnet, Les Belles Lettres), le loisir participe à la formation du jugement et à la vie de la Cité.
Le Mouvement Skhôlè s’inscrit ainsi dans un espace profondément relationnel et culturel : prendre le temps de penser participe aussi d’une manière d’habiter le monde commun.
Entrer dans le mythe, en sortir
Un atelier Skhôlè constitue ainsi un temps à part.
Un temps pour entrer dans un récit, rencontrer des figures, regarder des images, penser, écrire, associer, créer.
Puis vient le moment de sortir du mythe et de retrouver le monde ordinaire.
Cette alternance me paraît essentielle.
Le mythe crée un espace séparé, comme un seuil. On y entre. On y demeure quelque temps. On en ressort.
Il possède ainsi quelque chose du rite de passage : un temps singulier, délimité, consacré à une expérience particulière, avant le retour à la vie quotidienne.
Pourquoi les mythes aujourd’hui ?
Parce qu’ils continuent à nous parler.
Parce qu’ils font vivre des êtres singuliers.
Parce qu’ils donnent forme à des expériences humaines qui traversent les siècles.
Parce qu’ils ouvrent l’imagination.
Parce qu’ils offrent un détour.
Parce qu’ils créent un espace où la pensée peut prendre son temps.
Et parce qu’ils permettent de rencontrer quelque chose qui nous précède, nous dépasse et continue pourtant à résonner dans notre présent.
C’est cette expérience que je souhaite aujourd’hui partager dans les ateliers Skhôlè :
entrer dans un mythe, rencontrer une figure, laisser les images travailler, penser ensemble, puis reprendre le chemin de sa vie.
Le mythe y conserve son statut propre : une œuvre à rencontrer, un monde à explorer, une matière à penser.
Photo de Saara Sanamo



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